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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

La taille des arbres (3)

Arbres taillés (J Boutaud)Depuis des millénaires, les hommes taillent les arbres, et ce pour de multiples raisons. Il est possible de classer celles-ci de la façon suivante :

Des raisons de production
La culture des arbres fruitiers est très ancienne, et de nombreuses techniques ont été mises au point pour essayer d’en réguler la fructification. Certaines d’entre elles ont donné des formes extrêmement sophistiquées et très artistiques. Actuellement, en complément de ces tailles traditionnelles, une tendance moins interventionniste se dessine pour conduire les arbres fruitiers en accompagnant leur croissance plutôt qu’en leur imposant une forme arbitraire contre nature.
La production de bois domestique et autres produits dérivés avec les arbres paysans est aussi très ancienne, les premières trognes remontant au néolithique. Ces arbres têtards étaient taillés régulièrement (de 1 à 9 ans, parfois plus) pour récolter facilement du petit bois sans craindre la gourmandise des herbivores sauvages ou domestiques. Ce bois était utilisé sous forme de branches réunies en fagots ou de charbonnette pour les fours et la confection du charbon de bois, de bûches pour les cheminées, de rameaux pour la vannerie et les balais... Le feuillage de beaucoup d’espèces était distribué comme fourrage frais ou sec aux herbivores domestiques, celui des mûriers blancs nourrissait les vers à soie. Certaines de ces trognes servaient en plus de bornage des parcelles. Ces formes très pittoresques ont été petit à petit abandonnées avec l’usage des énergies fossiles. Mais le renouveau d’intérêt pour le bois de chauffage, énergie renouvelable par excellence, ainsi que pour le BRF (bois raméal fragmenté), commencent à redonner un attrait certain aux trognes. Il s’en replante même, ce qui était impensable il y a 25 ans... La production de bois d’oeuvre de bonne qualité, destiné à la menuiserie et l’ébénisterie, impose de plus en plus souvent le recours à des tailles de formation et des élagages, en particulier du fait des moins grandes densités de plantation des forêts.
Des raisons techniques liées aux espaces urbanisés
Les contraintes de volume en milieu urbain amènent très souvent à tailler les arbres d’ornement. Proximité de réseaux aériens ou de bâtiments, limites de propriété, passages de véhicules ou de personnes... sont autant d’obstacles pour les arbres, qui doivent être tenus à distance par des tailles s’ils ont un trop grand développement. La taille de formation a pour objectif de préparer les jeunes arbres à cohabiter avec des contraintes de volume et de les former en conséquence : remontée de couronne pour dégager un gabarit routier et préparation de formes architecturées en sont des exemples. Elle peut aussi améliorer la solidité à terme de certains arbres présentant des fourches à inclusion d’écorce.
Les tailles d’entretien des arbres urbains confrontés à la fréquentation par le public et à la présence de biens, lorsqu’elles sont correctement réalisées, permettent d’assurer une certaine sécurité (enlèvement des gros bois morts par exemple), de maintenir leur volume par des tailles d’adaptation qui respectent leur santé et leur conservent des formes à peu près naturelles.

Des raisons d’esthétique ou mystiques
Depuis des siècles, les paysagistes ont imaginé des formes architecturées pour les arbres (rideaux, marquises, gobelets, plateaux, topiaires diverses...) pour agrémenter les parcs et les jardins. Les tailles à mettre en oeuvre pour maintenir ces formes régulières peuvent être des tontes, des coupes sur tête de chat (ou marotte), des coupes sur prolongement... Elles doivent être régulières et fréquentes afin d’éviter que les arbres ne retrouvent plus ou moins vite et facilement une forme plus « sauvage ». Selon les régions, les formes données aux arbres peuvent varier : par exemple, les plateaux et les gobelets sont typiques du midi de la France.
Les jardiniers asiatiques taillent les arbres depuis des millénaires, en référence à des paysages idéaux, en lien avec des croyances religieuses ou pour obtenir une esthétique très sophistiquée. Ces formes très particulières, surtout connues à travers les bonsaïs cultivés en pot, sont maintenant de plus en plus utilisées pour des arbres de jardin. Quelques arboristes jardiniers ont longuement étudié cette science asiatique de la conduite des végétaux et ont adapté certaines de ces pratiques de taille aux arbres des jardins, afin de les maintenir dans un volume restreint tout en leur donnant une forme et une architecture pittoresques, et en leur imposant une transparence compatible avec le bon développement d’une végétation plus basse (arbustes, vivaces...) La taille jardinée conceptualisée et développée en Bretagne par Claude Le Maut en est le meilleur exemple.

Des raisons liées à la gestion et aux exigences des riverains
La décision de tailler les arbres urbains peut provenir d’origines très variées. Elle peut résulter d’une programmation raisonnée du gestionnaire du patrimoine arboré. Dans ce cas, elle découle d’un compromis entre l’état des arbres, les objectifs paysagers, les contraintes techniques, les moyens humains et/ou financiers disponibles. Bien souvent, cependant, elle fait suite à des pressions des riverains qui ne supportent plus l’ombrage latéral des houppiers dans leur logement, les cimes trop hautes qui risqueraient de leur tomber dessus, les feuilles qui bouchent leurs gouttières, les fruits qui tachent le sol ou leur voiture, les branches qui masquent leur enseigne commerciale, les insectes qui les démangent, le pollen qui leur provoque des allergies... Les tailles issues de ces demandes pressantes, parfois légitimes, parfois preuve d’intolérance, ne sont pas toujours les plus raisonnées et les plus raisonnables !

Des raisons que l’on ne peut justifier raisonnablement !
Une dernière catégorie peut être mise en avant dans cette typologie des raisons qui conduisent à tailler les arbres. Celle des mauvaises raisons ! Combien d’arbres « d’ornement » sont taillés sauvagement sans que l’on puisse trouver une justification solide à ces interventions ? À l’analyse, pas de contraintes de volume, pas de réels risques, pas d’objectifs esthétiques, pas de bienfaits attendus pour les arbres. La plupart du temps, ces tailles sont demandées par des propriétaires ou gestionnaires qui ne connaissent pas les arbres et leurs besoins, et elles sont réalisées par des « professionnels » incompétents ou sans scrupules. Ainsi, trop souvent, des arbres en bonne santé et solides sont sévèrement mutilés après les tempêtes pour « éliminer » les futurs dangers, sans savoir que ces tailles trop violentes vont générer des faiblesses et donc des risques réels à terme.

Malheureusement, ces pratiques sont de plus en plus courantes, ce qui est une régression au regard des savoirfaire développés et mis en oeuvre depuis 25 ans par beaucoup d’arboristes-grimpeurs compétents.

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Jac Boutaud - ville de Tours, arboretum de La Petite Loiterie
Conférence lors de la journée à thème de Suresnes 2011

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