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Apprenez à jardiner dans le respect de votre environnement, un site de la SNHF

Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

La nature au secours de la maladie d'Alzheimer

L’effet bénéfique de la présence de jardins en milieu hospitalier, sur des populations très diverses, a été rapporté dans différents travaux. Consultants ou accompagnants décrivent, pour 95 % d’entre eux, un effet apaisant des espaces verts. Les soignants expriment que les jardins et espaces verts hospitaliers leur permettent de diminuer anxiété, stress et humeur dépressive. Les patients, surtout ceux atteints de maladies chroniques, qui fréquentent régulièrement les hôpitaux, apprécient eux aussi leurs espaces verts. Le jardin, et les zones fleuries notamment, représentent aussi un repère efficace pour se diriger au sein d’un bâtiment fonctionnel, uniforme. Plus étonnant peut-être, l’effet de la simple vue d’un environnement naturel est aussi attesté : dans un bureau, une salle de réunion, pouvoir observer un paysage naturel par la fenêtre améliore la qualité de vie ressentie durant le temps de travail, atténue les sentiments d’angoisse, souvent éprouvés dans un hôpital qui, malgré toute sa volonté de soins, est un lieu impersonnel, parfois ressenti comme hostile. En milieu chirurgical, une étude rapporte une durée d’hospitalisation plus brève et une moindre consommation d’antalgiques chez les patients dont la chambre a vue sur un espace vert ; ceux-là expriment des commentaires, analysés à travers les transmissions infirmières, moins négatifs sur leur état de santé.

Cet impact bénéfique, aux champs d’application divers, des jardins, d’un environnement naturel, parfois même de sa simple représentation sans doute par les évocations qu’elle suscite, existe donc auprès des patients atteints d’affections diverses, des visiteurs, des soignants. Au cours de la maladie d’Alzheimer, des objectifs à visée thérapeutique spécifique peuvent être développés à travers un jardin.


Intérêt de la poursuite d’activités au jardin
Maintenir une activité concrète dont la complexité peut être adaptée au degré des troubles, un exercice physique, s’avère possible à travers des activités pratiquées à son rythme, dans les jardins personnels… La présence d’un membre de l’entourage pour accompagner le jardinage présente l’avantage d’une participation modulée de chacun, d’une source d’échanges, d’un sujet de conversation familier ancré dans les repères temporels : rythme des saisons, de la pousse des végétaux, bien souvent source de réminiscences personnelles. Le jardin apporte un environnement sensoriellement riche, diversifié, évolutif tant au cours de l´année qu’au cours de plusieurs années consécutives, bénéfique.
Certaines précautions sont cependant de mise : le patient peut présenter des difficultés à identifier les plantes qu’il connaissait auparavant, en faire un usage inadéquat. Il faut écarter celles dont l’ingestion peut présenter un risque ; les produits toxiques doivent être rangés sous clé, utilisés de préférence hors de la présence du patient ; les appareils tranchants, en cas de difficultés sur les gestes complexes (troubles praxiques), ne doivent plus être employés par le patient dont le sens du danger par ailleurs s’émousse ; il peut  faire des gestes disproportionnés sur une échelle, source de chutes ; une réaction ralentie face à un risque, l’inadéquation possible de la réponse à la situation, doivent être prises en compte. Déambulation et risque de fugue sont au cœur des préoccupations de l’aidant qui craint une sortie intempestive vers la rue et redoute que le patient ne s’égare en raison de sa désorientation spatiale. L’aidant réagit alors souvent en limitant, voire interdisant, l’accès du patient au jardin hors de sa présence. Ceci, source d’incompréhension par le patient, peut engendrer de sa part des troubles comportementaux, agitation, voire agressivité. Des mesures de sécurité appropriées, souvent simples à mettre en œuvre pour clore le jardin, permettent de laisser le patient s’y rendre à sa guise.


La promenade et les jardins de la cité
Une enquête auprès de membres, familles et proches de malades de l’Association Alzheimer 54, effectuée à notre demande par son président, éclaire leurs besoins et souhaits dans ce domaine. Premier constat d’importance, les patients ont souvent tendance à vouloir sortir, à déambuler, et le proche est presque toujours l’instigateur de la sortie, du choix d’aller se promener dans un parc ou un jardin, car il constate que ceci apporte à son malade un évident bien-être, même si celui-ci l’exprime peu. Le besoin de promenade, de sortir du domicile, de l’atmosphère un peu étouffante de la maison de retraite, satisfait en partie la déambulation. Cet exercice physique fatigue volontairement, contribue à mieux équilibrer l’alternance jour-nuit, entretient l’appétit. Différents éléments sont cités comme source de plaisir dans un parc ou jardin : la possibilité de voir ou de revoir la vie, de rencontrer ou non d’autres personnes, l’alternance des saisons avec l’éclosion du printemps, la féerie des couleurs. Le proche ressent un apaisement du stress par un moment de détente et de calme, tant pour le malade que pour lui-même.

Voici les souhaits exprimés par les membres de l’entourage des patients interrogés :
- Un stationnement commode à proximité de l’entrée du jardin.
- Des sols antidérapants et aux surfaces bien aplanies
- Du mobilier pour s’asseoir, bancs à accoudoirs, sièges individuels faciles à déplacer à l’ombre.
- Une aire de jeux pour les petits enfants, éventuellement, pour regarder «la vie».
- Un design des jardins plus à l’anglaise qu’à la française, des massifs de fleurs avec une espèce dominante par saison : primevères, jonquilles, tulipes, bégonias, œillets, pensées, lavandes, hortensias ; des arbres ou arbustes : chèvrefeuilles, acacias ; proscrire troènes et peupliers d’Italie ; marronniers et tilleuls ne sont pas à planter au-dessus des bancs.
- Un bassin de petites dimensions avec jet d’eau léger, quelques plantes aquatiques et des poissons, et non de vastes bassins dont les jets d’eau plus imposants risquent de provoquer peur et angoisse.
- Une horloge avec cadran et chiffres arabes, pour donner l’heure, mesurer la durée du temps.

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Docteur Thérèse Jonveaux et Dr. Reinhard Fescharek CHU Nancy
Conférence dans le cadre des journées à thème "Jardins, environnement et santé" Paris 2010