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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

Jardins et maladies neurologiques

Le rôle potentiel des jardins et des paysages naturels dans le bien-être physique et mental est indiscutable. Nous ne discuterons pas ici le rôle des jardins dénommés à but thérapeutique, parfois apparentés à mauvais titre à des parcours de santé, dans le bénéfice pour telle ou telle maladie. Il est clair que les affections du système nerveux central sont au premier chef concernées, dans la mesure où la multisensorialité est une des caractéristiques principales de la Vie : Entendre, Toucher, Voir, Sentir, Goûter, des sens souvent perçus ou vécus de manière « inconsciente » dans notre vie quotidienne et qui, pourtant, sont essentiels à notre repérage dans l’espace et le temps.

Ce sont bien ces propriétés essentielles de notre corps qui sont touchées dans les affections neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson), dans les maladies liées à un déficit cognitif ou de perception sensorielle comme l’autisme, parfois exacerbées de manière pathologique dans les épilepsies, et dégradées de manière plus globale dans les processus de grabatisation.

Il est clairement démontré que le cerveau, constitué de plusieurs centaines de milliards de neurones, doit plus son intégrité fonctionnelle au maintien de connexions interneuronales efficaces et correctement régulées, qu’au nombre réel de neurones : fibres axonales, dendrites et synapses constituent la base d’un véritable réseau de régulation où interviennent des mécanismes complexes de signalisation chimique, par les neuromédiateurs, eux-mêmes stimulés par les impulsions électriques qui parcourent les membranes de ces cellules et fibres. Ainsi, la mort d’un neurone peut entraîner la perte du neurone qui lui est connecté directement. De même, la section d’une connexion entre deux neurones va induire la mort physiologique de ces deux cellules. La base même de l’apprentissage est la mise en réseau de différentes parties du cerveau, des zones de sensorialité aux aires motrices, des régions contrôlant la relation dite cognitive (ou sociale) vers ces mêmes aires sensorielles et motrices.
Ce bref tour d’horizon de l’anatomie et de la physiologie cérébrales nous suggère à quel point une simple promenade dans un jardin parfumé de mille odeurs, aux couleurs diversifiées, agrémenté de bruits naturels ou même artificiels et/ou humains, le contact des plantes, parfois la possibilité de goûter un fruit, de sentir le contact d’une simple feuille, sont un garant de stimulation de ce que l’on appellera la multisensorialité, c'est-à-dire l’éveil combiné de tous les sens. Nous n’évoquerons même pas la possibilité de sens complémentaires, le sixième ou au-delà, qui pourraient apparaître chez des personnes présentant telle ou telle déficience. Ceci est bien connu chez les sujets ayant perdu la vue, qui sont aptes à développer d’autres sens d’orientation basés sur cette multisensorialité. Dans un autre champ médical, les enfants atteints du syndrome de Williams ont une propension particulière à l’écoute des sons, et en particulier musicale. Les exemples sont nombreux.

Nous citerons brièvement les données issues de l’expérimentation animale. Dans la maladie d’Alzheimer, il a été montré dans plusieurs travaux de renom que des souris transgéniques modifiées artificiellement dans leur génome pour développer une maladie d’Alzheimer en tous points équivalente à la maladie humaine, voient leurs capacités cognitives très fortement améliorées si elles sont maintenues dans des conditions hyper-stimulantes, avec par exemple des lumières, une stimulation motrice permanente (« rotagrid »), appât de nourriture donc d’odeurs, labyrinthes de recherche, relations sociales riches par un nombre d’animaux par cage significativement élevé, etc. Mieux que cela, les observations autopsiques faites chez ces animaux « Alzheimer » hyper-stimulés montrent que les lésions cérébrales pathognomoniques de la maladie d’Alzheimer, plaques amyloïdes et dégénérescence neurofibrillaire, régressent de manière significative après plusieurs mois de maintien en conditions de vie dites « riches » de sens. Ces données scientifiques sont déjà appliquées à l’Homme puisque la stratégie de base de la prise en charge d’une ou d’un patient atteint de la maladie d’Alzheimer est bien la stimulation cognitive.

L'épilepsie (également comitialité) est une affection neurologique qui est le symptôme d'une hyperactivité cérébrale paroxystique pouvant se manifester par des convulsions avec ou sans perte de conscience, voire par des hallucinations complexes inaugurales (visuelles et/ou auditives et/ou somesthésiques). C’est un domaine complexe de la neurologie où cohabitent deux grands types de maladies : celles liées à une anomalie de la transmission des faibles courants électriques le long des synapses, souvent appelées canalopathies, et les maladies comitiales secondaires à des anomalies du développement cérébral, si fines soient-elles, conduisant, image probablement exagérée, à des courts-circuits « électriques » dans les réseaux neuronaux. Cette brève présentation nous montre que le patient épileptique peut donc être (paradoxalement) agressé par son environnement, selon le classique schéma de la stimulation stroboscopique de la crise. Nous aurions tendance à dire que le schéma d’approche thérapeutique, outre les médicaments adaptés, doit être basé sur la mise au calme, le repos, une vie régulière, l’absence de stress, un sommeil protégé. Dans le contexte des jardins développés dans des instituts accueillant de tels patients, l’objectif sera donc celui d’une utilisation apaisante de l’environnement, associée à une participation à l’élaboration même de l’espace, du jardinage à la conception, qui ne peut que favoriser la régulation cognitive. Il n'existe pas une mais des épilepsies. La diversité interindividuelle porte non seulement sur  l’origine des troubles, mais aussi sur la localisation cérébrale des dysfonctionnements électriques, la plus ou moins grande résistance aux traitements, la diversité des crises induites, leur rythme, le handicap généré, leurs conséquences sociales, l’évolution et la prise en charge. Ce point est essentiel à considérer, car une stimulation favorable pour un patient pourra être défavorable pour un autre. La lumière, ou un son violent ou de haute fréquence, peuvent être des exemples de ce type de paradoxe.

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Alain Calender
Professeur au CHU de Lyon
Conférence dans le cadre des journées à thème "Jardins, environnement et santé" Lyon 2010