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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

Mycorhyzes et revégétalisation de sols pollués

1. La phytoremédiation : des domaines d’application variés
De nos jours, le traitement des sols pollués représente un potentiel économique auquel les méthodes conventionnelles du génie civil ne répondent pas toujours, en raison de leur inadaptation, de leur impact environnemental et de leur coût. C’est ainsi qu’au cours des deux dernières décennies ont émergé des techniques douces de réhabilitation par différentes espèces végétales et la combinaison de biotechnologies microbiennes. Une technique émergente de dépollution des sols est la phytoremédiation (du grec "phyton" = plante, et du latin "remedium" = rétablissement de l'équilibre, remédiation), qui utilise la capacité des plantes à participer à la dépollution des sols et dont l’avantage majeur est d’être peu coûteuse (coût de 10 à 100 fois moins élevé que le coût des traitements traditionnels) (Dueso et al. 2009). La phytoremédiation nécessite beaucoup moins de travail et ne perturbe aucunement l’environnement naturel du site contaminé. Elle constitue une excellente utilisation des ressources naturelles puisque la biomasse peut être valorisée (Mench et al. 2009 ; Vangronsveld et al. 2009). Ces techniques de phytoremédiation peuvent être appliquées au traitement des sols contaminés, des boues, des sédiments et des eaux souterraines au travers plusieurs stratégies.

La phytostabilisation est une stratégie qui vise à stabiliser les polluants, et notamment les éléments traces métalliques (ETM) dans le sol en empêchant ceux-ci de migrer vers d’autres compartiments (nappes phréatiques, air, parties aériennes des plantes) à l’aide des plantes. Les plantes interviennent dans la phytostabilisation à différents niveaux :
- le couvert végétal limite l’érosion éolienne ou hydrique des sols ;
- leurs racines sont capables de sécréter des composés qui piègent les ETM dans les sols (acides organiques, composés phénoliques…) ;
- les racines prospectent un large volume de sol ;
- les ETM peuvent être adsorbés aux parois racinaires ou absorbés et stockés dans les cellules racinaires.

Les arbres sont de très bons candidats pour la phytostabilisation. En effet, ils jouent un rôle important dans le cycle des nutriments et des éléments en stabilisant la structure du sol grâce à leur système racinaire pérenne et très développé et en protégeant la surface du sol de l’érosion (Mertens et al., 2007 ; Gonzalez-Oreja et al. 2008). De plus, l’évapotranspiration importante chez les arbres permet de réduire le flux hydrique du sol et empêche ainsi le lessivage des éléments (Madejon et al., 2004; Mertens et al., 2007). La forte évapotranspiration des arbres par rapport aux herbacées contribue davantage de ce fait au lessivage des ETM. Le peuplier est, par exemple, un arbre possédant un fort taux d’évapotranspiration. Parmi les arbres étudiés en phytostabilisation, le chêne a un potentiel important car il tolère les ETM et les stocke principalement au niveau des racines (Dominguez et al., 2009). En revanche, il a tendance à acidifier le sol, ce qui rend les ETM plus biodisponibles (Mertens et al., 2007), ce qui n’est pas le cas du peuplier.

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Michel Chalot
Laboratoire Chrono-environnement, UMR6249,
Université de Franche-Comté-CNRS, Place Leclerc,
25030 Besançon

conférence lors du colloque Alliances au pays des racines, 2012