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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

Les mycorhizes ericoïdes

Les mycorhizes éricoïdes sont limitées à la famille des Ericaceae, composée d’arbustes ou de sous-arbrisseaux, et plus particulièrement aux quatre sous-familles Ericoideae (Calluna, Erica, Rhododendron…), Cassiopoideae (Cassiope), Vaccinoideae (Vaccinium, Gaultheria…) et Styphelloideae (Epacris, Cosmelia…)

Ces plantes concourent à la formation de grands ensembles végétaux qui dominent de vastes zones dans les hémisphères nord et sud, caractérisées par des sols extrêmement pauvres et principalement acides (à part quelques exceptions telle qu’E. arborea). Plusieurs d’entre elles sont des composantes végétales majeures des landes de bruyères et des fynbos. La colonisation de ces écosystèmes par les éricacées peut se traduire par l’exclusion d’autres formes de végétation (Genner et al., 2000) et, par exemple, contribuer aux difficultés rencontrées depuis longtemps dans le reboisement des landes à bruyère (Zehetmayr, 1960 ; Handley, 1963). De nombreux travaux ont montré que le succès de ces plantes dans des écosystèmes difficiles serait largement lié à l’activité de l’association mycorhizienne formée typiquement au niveau des racines fines (Perotto et al., 2012), et reconnaissable par la présence d’hyphes du champignon symbiotique en forme de pelotons à l’intérieur des cellules épidermiques (Bonfante-Fasolo & Gianinazzi-Pearson, 1974).

Les champignons responsables des mycorhizes chez les Ericoideae, les Cassiopoideae, les Vaccinoideae ou les Styphelloideae font partie d’un nombre restreint de taxa. Ils ont été identifiés comme appartenant à deux espèces d’ascomycètes : Pezizella ericae (renommée Hymenoscyphus ericae puis Rhyzoscyphus ericae) et Oidiodendron maius, basés sur la fructification des cultures pures isolées à partir de racines mycorhizées suivie par la synthèse de novo de la symbiose en conditions contrôlées (Pearson and Read, 1973 ; Read, 1974). Les analyses moléculaires récentes ont permis de confirmer cette identification. Elles ont aussi mis en évidence la présence fréquente d’autres champignons, non cultivables, du genre Sebacina (basidiomycète) dans les racines mycorhizées des éricacées (Berch et al., 2002 ; Selosse et al., 2007) mais leur statut symbiotique reste à démontrer.

Les avantages que la présence des mycorhizes éricoïdes confère aux éricacées relèvent d’une combinaison d’attributs nutritionnels et non nutritionnels apportés par la symbiose. Les champignons mycorhizogènes favorisent la mobilisation et l’exploitation plus efficace de ressources récalcitrantes du sol. Dans les habitats à conditions nutritionnelles et édaphiques hostiles qui caractérisent les écosystèmes naturels des éricacées, les sources majeures d'éléments essentiels comme le phosphore (P) et l’azote (N) se trouvent sous forme de complexes organiques, tels que les phytates, les polyphénols, les acides aminés, les protéines ou les acides nucléiques, difficilement accessibles aux plantes (Cairney & Meharg, 2003). En culture pure, les champignons responsables des mycorhizes éricoïdes dégradent de tels composés organiques grâce à l’activité d’un ensemble d’enzymes qui catalysent la libération de P (Pearson & Read, 1975 ; Mitchell & Read, 1981 ; Leake & Miles, 1996) et d'N (Bajwa & Read, 1985 ; Leake & Read, 1990). En symbiose, ils facilitent le transfert des éléments libérés à la plante. Les champignons semblent participer aussi à l’acquisition du fer par les éricacées, probablement due à la production de sidérophores ayant une très forte affinité pour les ions ferrique. L’activité fongique améliore ainsi l’assimilation minérale des éricacées mycorhizées et favorise la croissance végétale par rapport aux plantes non symbiotiques.

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Vivienne Gianinazzi - Pearson
Pôle IPM - ERL CNRS 6300, UMR 1347 Agroécologie
 

conférence lors du colloque Alliances au pays des racines, 2012