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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

Comprendre les arbres (2)

Platanus X acerifolia (D.Lejeune)L’arbre est un végétal complexe, en particulier par sa double dimension dans le temps et dans l’espace, chacune apportant son lot d’influences qu’il intègre en un tout quelquefois opaque. Il faut prendre conscience de cette qualité et de cette spécificité, si l’on veut comprendre son comportement et les anomalies qu’il peut présenter, afin d’y remédier de la façon le plus pertinente possible.

Dans le règne végétal, l’arbre a un statut un peu particulier. Dans l’évolution des espèces, il n’est pas le plus évolué des végétaux, mais il a été précédé d’un certain nombre d’« ébauches » - fougères arborescentes, cycas - pour arriver aux gymnospermes, puis aux angiospermes, aux caractéristiques assez extraordinaires, que ce soit pour le mode de développement, de la durée de vie, de la taille, des possibilités d’adaptation, etc. Francis Hallé, l’homme du Radeau des Cimes, a abordé ces différents aspects dans son attachant ouvrage « Plaidoyer pour l’arbre » (2006). Pour cibler un peu mieux l’exposé et faciliter une approche concrète de la gestion des arbres, nous choisirons d’évoquer les deux aspects probablement les plus caractéristiques des arbres, leur durée de vie importante et leur grand développement, en dégageant quelques-unes des données pratiques qui peuvent s’en déduire.


Une durée de vie importante


Les arbres vivent généralement des dizaines, voire des centaines d’années, et ce point précis entraîne des conséquences importantes, évidentes ou plus complexes.


Un fort accroissement des besoins
Il est clair qu’un arbre de 30-40 ans aura des besoins bien plus importants que ceux d’un jeune arbre de 3-5 ans. Il n’empêche que certaines plantations ne semblent pas avoir tenu compte de cet aspect. Des apports ou des renouvellements de terre insuffisants, un sous-sol défavorable mal localisé, une capacité de rétention en eau mal estimée expliquent beaucoup de dépérissements lents, souvent difficiles à diagnostiquer. Il y a vraiment toute une échelle d’accroissement à prévoir en fonction des potentialités des arbres à planter.

La dimension historique de l’arbre
Placé, à un moment donné, en face d’un arbre d’un certain âge, on a devant soi un être vivant qui a un passé ; un passé constitué, entre autres, d’épisodes plus ou moins échelonnés dans le temps, plus ou moins heureux ou malheureux pour l’arbre. Il s’agit le plus souvent d’agressions de types divers, qui n’ont pas forcément laissé de trace visible, au moins pour un oeil peu averti, mais qui, chacune, ont pu amoindrir sa vitalité. Cela peut aller d’un élagage excessif qui l’a privé de précieuses réserves, à une tranchée pour adduction de fluide quelconque qui a coupé des racines et introduit des pourritures, un feu de feuilles au pied (en principe reconnaissable), des apports de sel intempestifs lors d’années froides (cf. 1985), ou encore, plus pernicieux, un rehaussement du  niveau du sol qui perturbe l’aération des racines. Par ailleurs, si l’arbre a pu surmonter un de ces désordres, il va souvent succomber à leur accumulation, avec, quelquefois, un effet de « goutte d’eau en excès » trompeur : un accident bénin en soi, intervenant sur un arbre déjà très fragilisé, va faire basculer un équilibre précaire, sans que l’on fasse forcément la relation entre la mort de l’arbre et cet incident mineur.
Le suivi individuel des arbres sur fichier informatique ou autre moyen qui se répand depuis quelque temps doit permettre de connaître l’histoire de chaque plant et d’interpréter ainsi plus facilement les désordres éventuels.

L’accumulation de réserves
Un arbre est, pour une bonne part, une machine à fabriquer et accumuler des réserves. L’usine chlorophyllienne élabore des sucres simples qui peuvent facilement circuler dans la plante et qui se complexifient (amidon, inuline) pour être stockés ; et indépendamment du mouvement annuel des réserves assurant le redémarrage printanier de la végétation, le stockage dans le bois des branches, du tronc et des racines constitue un système très élaboré. Une forte proportion est accumulée dans les rayons libéro-ligneux mais aussi dans la cellulose des vaisseaux et on aboutit, avec le temps, à des quantités énormes de produits carbonés. Cela confère à l’arbre une GRANDE INERTIE face à l’adversité. Il va pouvoir vivre, ou au moins survivre, pendant plusieurs années en cas de forte disette. Mais le corollaire, du point de vue du gestionnaire, est qu’il peut y avoir un décalage important entre l’occurrence d’un facteur perturbant pour l’arbre et la réaction visible de celui-ci ; avec encore ici, les difficultés de diagnostic correspondantes… et l’utilité de suivi des arbres. À noter que cette notion d’accumulation de réserves s’applique aussi, bien qu’à une échelle moindre, à l’eau. Un arbre stocke de grandes quantités d’eau dont on a une idée… en comparant les densités du même bois « vert » et sec. Un arbre peut ainsi passer, sans trop souffrir, une saison sèche, avec tous les degrés d’adaptation que l’on peut imaginer, mais cela ne facilite pas la surveillance des besoins en eau des plantations.

Un être vivant de grande taille
Une taille importante a aussi, en soi, des conséquences diverses, ici aussi évidentes ou plus complexes.

L’encombrement
C’est le caractère le plus visible mais qu’il n’est pas inutile de rappeler, car on voit encore trop souvent des tailles drastiques pallier un choix d’emplacement ou d’espèce inadapté à l’espace disponible, par exemple sur une petite place ou un trottoir étroit.
 

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André Vigouroux - Inra Montpellier
Conférence lors de la journée à thème sur l'arbre. Suresnes 2011

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