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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

La capacité d'adaptation d'un arbre

Cedrus atlantica (D.Lejeune)Les arbres sont les êtres vivants dont la longévité est la plus grande. Beaux, utiles, autonomes, silencieux, discrets et non violents, les arbres méritent notre estime (Hallé, 2010). Depuis tout temps, ils ont accompagné nos civilisations pour satisfaire nos besoins primaires de survie (manger, boire, respirer, se chauffer) et de sécurité (s’abriter, construire sa maison). Bien souvent menacés par l’homme et soumis à de nombreux traumatismes biotiques et abiotiques, ils ont su résister et s’adapter, toujours avec des stratégies pacifiques et durables. Dans notre société contemporaine, l’arbre fait l’objet d’un paradoxe incroyable. Alors qu’il est quotidiennement menacé par l’homme par les déforestations massives en Amazonie, au Congo ou en Indonésie (environ 13 millions d’hectares par an), il reste notre compagnon indispensable dans nos grands enjeux de société et dans la construction de nos nouveaux espaces de vie. Dans le concept de la nature en ville, nous reconnaissons le rôle essentiel de l’arbre sur le climat urbain (température et hygrométrie de l’air) et son impact sur le bien-être de l’individu (ouverture des espaces, ambiances apaisantes). À l’échelle planétaire, il joue un rôle de première importance dans la régulation du climat, « le poumon vert ».

L’arbre est un être spatialement immobile. Il ne peut pas se défendre de ses prédateurs en fuyant. Il a donc dû développer des stratégies d’adaptation pour assurer sa pérennité.

L’étude de la construction architecturale de l’arbre, qui a débuté dans les années 1960 avec les travaux de Hallé et Oldeman, a permis de comprendre les règles d’organisation et d’édification de la plante avec l’unité architecturale et la réitération séquentielle, et ses stratégies d’adaptation avec les réitérations différées, adaptatives ou traumatiques.
Dans cet article, nous présenterons les grandes lignes des connaissances acquises sur l’architecture caulinaire des arbres, et sa capacité d’adaptation à un traumatisme et à un environnement en mouvement.


L’architecture caulinaire


L’architecture caulinaire peut se définir comme un ensemble d’axes ayant chacun une fonction particulière. Le premier axe est multifonctionnel. Nommé tronc, il assurera la résistance mécanique nécessaire au port érigé de l’arbre, le transport de la sève et le stockage de ressources carbonées. Cet axe est présent pendant toute la durée de vie de l’arbre. Il se ramifie en donnant des axes d’ordres supérieurs qui auront la fonction d’exploration du milieu. Appelés charpentières, ils seront à la base de l’architecture du houppier ou de la couronne de l’arbre. De nature mésotrope ou plagiotrope, ils auront également les fonctions de résistance mécanique, de transport et de stockage. Une troisième catégorie d’axes, en périphérie du système ramifié, plus courts, à durée de vie limitée et souvent plagiotropes, assurent les fonctions d’accumulation chlorophyllienne et de reproduction. La mise en place de ces différents types d’axes chez un arbre jeune constitue une unité biologique indissociable, fonctionnelle et hiérarchisée, nommée « Unité architecturale » (Edelin, 1977 ; Barthélémy et al, 1989). Chaque espèce présente, par le nombre et la nature des axes qui la composent, une unité architecturale qui lui est spécifique. La mise en place de l’unité architecturale n’explique pas l’ensemble de l’architecture de l’arbre et de sa pérennité. Le développement de la plante sera assuré par une duplication de l’unité architecturale, nommée « réitération séquentielle» (Oldeman, 1974). Cette duplication peut être partielle ou totale, localisée dans les zones basales, médianes ou proximales, et sa fonction est d’assurer l’accroissement de la taille de l’arbre, principalement de son houppier, en explorant l’environnement disponible et en optimisant la réception du rayonnement solaire. La nature de l’unité architecturale et du processus réitératif est spécifique à chaque espèce, et permet de définir des modèles architecturaux (Hallé et Oldeman, 1970). Face à un traumatisme - taille, stress hydrique, foudre, attaques parasitaires - la pérennité de l’arbre reste assurée par une régénération des axes endommagés à partir du développement de bourgeons latents. C’est la réitération différée, adaptative ou traumatique. Elle intervient comme un processus de réparation qui permettra à l’arbre de retrouver un équilibre architectural et fonctionnel.


Conclusion


Les connaissances acquises sur les règles d’organisation et d’édification de l’architecture caulinaire sont précieuses pour la gestion des arbres d’ornement dans des espaces paysagers. La définition des dix stades architecturaux observés au cours de la vie de l’arbre (Raimbault, 1993) permet aux professionnels d’évaluer l’âge physiologique de l’arbre et d’optimiser les interventions de taille, d’élagage et de renouvellement si nécessaire.

Gilles Galopin -Agrocampus Ouest
Conférence lors de la journée à thème sur l'arbre Alençon 2010

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