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Apprenez à jardiner dans le respect de votre environnement, un site de la SNHF

Création de Jacques Castagné (D.Ronflard)

Des fruitiers en ville ?

Pyrus communis (D Lejeune)De tout temps, on a planté des arbres fruitiers à proximité des habitations. Au Moyen Âge, ils possédaient même des valeurs symboliques qui rendaient leur présence indispensable. Pour parler des arbres fruitiers en ville, il est nécessaire de se souvenir que les productions fruitières n’existent vraiment que depuis la fin du XIXe siècle. La culture d’arbres fruitiers a donc toujours été une démarche de jardiniers de proximité. Dans nos villes, il existe de nombreux jardins, parfois d’une toute petite surface, mais l’on peut remarquer que les propriétaires y plantent souvent en priorité un ou plusieurs arbres fruitiers. Il s’agit là de marquer le lieu avec des «individus» qui participent à la vie de ses habitants. Les espèces sont choisies selon des critères parfois peu conventionnels, mais toujours liés à de bons souvenirs.

L’arbre fruitier est partout chez lui. Les jardins de pavillon en ont toujours plusieurs, dans le moindre espace de jardin, voire dans une simple cour. Les formes dirigées, palissées, naines, ont permis à beaucoup d’en planter dans des espaces parfois insolites, mais aussi dans des bacs, sur des balcons. Mais, disons-le tout de suite, l’arbre fruitier possède un statut particulier dans la flore de nos cités : c’est un être « domestique », qui bénéficie d’une vraie proximité avec les humains, tout particulièrement au moment de sa plantation ou des opérations de taille. En effet, l’espèce fruitière se caractérise par des comportements végétatifs très suivis par son « propriétaire », que ce soit la faiblesse ou l’importance de sa production de fruits, la possession de branches mortes ou tout autre symptôme exprimant une « souffrance » de l’arbre. Nous pouvons remarquer que même des personnes qui ne jardinent pas s’intéressent de manière « affective » à leurs arbres fruitiers. C’est donc bien là la marque d’une association de l’arbre fruitier à la vie de la maison : il ponctue les saisons, par sa floraison, son feuillage, et ses fruits sont invités à la table de la famille. Le monde des fruits est passionnant. Peu d’aliments offrent de telles variétés de couleurs, de textures, d’odeurs et de saveurs. Peu de plantes procurent autant de joie que la vue d’un arbre croulant sous ses fruits mûrs.

La culture des fruits est une activité agréable et le jardin fruitier peut être un « jardin de plaisir ». Il convient même assez bien au jardinier débordé ou paresseux, car sa négligence ne porte pas forcément préjudice aux récoltes. En effet, beaucoup d’arbres fruitiers, tels que les pommiers et les pruniers, peuvent fructifier pendant des années sans recevoir aucun soin. Une fois le travail de mise en place effectué, il n’y a plus ensuite qu’à récolter.

Les jardins en zone urbaine sont des lieux très particuliers, des écosystèmes composés d’éléments souvent contraires : un sol composé de terre rapportée, une situation entourée de bâti, dont le faible ensoleillement, les courants d’air et autres précipitations créent un micro-climat, dont il est toujours très difficile d’estimer les avantages ou les inconvénients. Il est d’ailleurs curieux que beaucoup parlent de « terroirs », de traditions régionales, pour ces lieux trop sophistiqués pour être représentatifs de cette notion. L’exemple le plus significatif est probablement le fait d’élever des plants d’agrumes au nord de la Loire. Dans notre région de l’Ile-de-France, nous découvrons dans les jardins absolument toutes les espèces fruitières, avec parfois de vraies surprises : c’est le cas à 200 m d’ici, à l’arrière du vignoble de Suresnes, avec un alignement de magnifiques abricotiers de la variété ‘Royal’, créée au Jardin du Luxembourg en 1813. C’est, aux moments de la floraison et de la maturation des fruits une pure merveille. À un kilomètre de là sur Rueil, j’ai découvert un figuier de la variété ‘la Longue d’Août’, dont le propriétaire a étayé et palissé les branches sur une surface de plus de 80 m². Il produit fin août en moyenne 160 kilos d’une figue-fleur particulièrement succulente.

Des exemples d’arbres fruitiers qui sortent de l’ordinaire dans notre commune sont très nombreux, mais les difficultés d’inventaire ne nous permettent pas de les promouvoir. Un autre exemple intéressant : deux propriétaires de pavillon ont choisi de séparer leurs jardins respectifs de manière naturelle. Ils ont planté des touffes de noisetiers en plusieurs variétés telles que la ‘Fertile de Coutard’, l’’Impériale de Trébizonde’, la ‘Merveille de Bollwiller’. Bien conseillés, ils ont pris soin de respecter la compatibilité pollinique. Plantes le plus souvent pérennes, les arbres fruitiers établissent des relations durables avec leur environnement. Leurs feuilles, leurs fleurs et leurs fruits sont précieux à de nombreux insectes pollinisateurs, parasites ou prédateurs.
En plantant des arbres fruitiers, nous favorisons toute la faune sauvage du jardin, pour peu qu’on offre aussi des abris, de l’eau et les conditions nécessaires à son épanouissement. Et avec un peu de soins et d’astuces, il est possible de récolter suffisamment de fruits pour soi-même et ses voisins… et d’en laisser assez pour tous les habitants de son jardin.

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Didier Huet - Les Jardiniers de Suresnes
Conférence lors de la journée à thème sur l'arbre. Suresne 2011

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